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Roberto Carella, bureau BCMA – L’architecture sous le signe de la “recherche patiente”
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Fondé en 2006, le bureau Bassi Carella Architectes a construit sa notoriété sur la réalisation de bâtiments tels que les locaux de la Banque Pictet aux Acacias, mais aussi le campus universitaire de Mendrisio ou un des bâtiments du siège de l’UEFA à Nyon. Roberto Carella, associé au sein du bureau, évoque le partenariat avec Hestia autour du projet Vitraparc au coeur du quartier des Sciers.

Roberto Carella, pouvez-vous nous conter l’historique du bureau BCMA ?

Il a été créé par la fusion de mon bureau avec celui d’Andrea Bassi. Nous avons collaboré ensemble pendant dix ans, jusqu’en 2006 où nous avons décidé de nous unir. En cours de route, un troisième associé architecte, Stefano Marello, et une associée administrative, Christine Emmenegger, nous ont rejoints. Nous sommes aujourd’hui quatre associés et 37 collaborateurs au sein du bureau.

Comment se traduit, au quotidien, la collaboration avec Andrea Bassi et Stefano Marello ?

Avant de décider de s’associer avec Andrea, nous avons passé deux ans à fixer les règles directrices du bureau. Près de quinze ans plus tard, ces règles restent pour la plupart toujours d’actualité. Nous nous voyons tous les matins, nous reportons les événements de la veille, nous débattons sur les thématiques en cours et les projets à venir. Nous avons ainsi un vocabulaire commun sur les ouvrages en cours, concernant les stratégies d’implantation, les modes d’expression et de construction, la répartition des équipes.

Y a-t-il une “signature” Bassi Carella Marello Architectes ?

La recherche patiente. Nous n’intervenons pas par effet de mode instantané ou de réponse immédiate à un courant qui pourrait apparaître. Notre travail est fondé sur des croyances et des convictions, sur une évolution des programmes réalisés par les anciens. Nous voulons travailler dans la continuité, ne pas nous égarer. Aujourd’hui, la notion du “construire collectif” est mise de côté au bénéfice de l’objet individualisé, et je trouve cela dommageable. Lorsqu’on observe notre ville du XIXe siècle, elle est très cohérente, continue, on y ressent un vrai sentiment d’appartenance.

Vous avez réalisé le siège de la Banque Pictet aux Acacias ainsi que le campus universitaire de Mendrisio. Ces réalisations ont-elles permis au bureau d’acquérir une plus grande notoriété ?

À nos débuts, nous avions chacun des mandats ponctuels. Andrea réalisait des villas, j’œuvrais plutôt sur les chantiers. Andrea a remporté des concours, notamment la réalisation de l’école des Ouches et celle de la Maladière, lorsqu’il a remporté le concours pour la façade de Pictet, notre collaboration débutait, nos discours et notre vision s’alignaient petit à petit. Puis, nous avons remporté notre premier concours au nom de Bassi Carella, pour la crèche des Champs-Frêchets. C’est alors que notre fonctionnement commun a pris tout son sens.

Au-delà du concept architectural, le projet Hospice Général vous tient-il particulièrement à cœur pour son caractère social ?

Ce projet était intéressant à double titre : tout d’abord, par la responsabilité sociale engagée, en tant que citoyen mais aussi en tant qu’architecte. C’est une notion que l’on oublie parfois dans notre quotidien professionnel. Il y a également l’intérêt du programme : nous devions réaliser des bâtiments modulables, transportables et réutilisables. L’exercice a été de penser la construction afin qu’elle se rapproche le plus possible de ces trois notions. On a dû s’écarter du béton et trouver d’autres éléments qui caractérisent notre architecture, avec, en fil rouge, cette notion de calme et de patience.

Dans vos projets, vous mettez en avant le savoir-faire et l’industrie suisse. Pour quelle raison ?

Je suis très attaché à cette culture de la construction et de l’architecture suisse car elle est réellement gage de qualité pour les personnes qui en bénéficient aujourd’hui tout autant que pour les générations à venir. La qualité Suisse est à défendre, à maintenir.

Quel conseil donneriez-vous à la nouvelle génération ?

De ne pas se précipiter devant l’évidence, de prendre le temps de la réflexion. Cela ne veut pas dire être lent, mais plutôt éviter de s’engouffrer dans de fausses pistes. Il faut notamment éviter de confondre graphisme et architecture. Tel est le conseil que je donnerais à la nouvelle génération.

Restez-vous un fervent adepte du calque et du crayon à papier ou préférez-vous les nouveaux outils digitaux ?

Je reste fondamentalement attaché au dessin à la main. En réalité, il n’y a que deux personnes qui ne savent pas dessiner à l’ordinateur au sein du bureau, ce sont Andrea et moi-même ! Il y a une sorte de lenteur thérapeutique dans le dessin manuel. Aujourd’hui, on vante la digitalisation mais on observe assez régulièrement, dans les rendus de concours, des images de synthèse qui sont similaires à un flou d’aquarelle. C’est amusant d’imaginer avoir réalisé tout ce chemin pour revenir à des images de la fin du XIXe siècle…

En quelques mots, que pouvez-vous nous dire sur l’entreprise générale Hestia by Swissroc Group ?

Avec Hestia, les relations sont bonnes, respectueuses, dans les deux sens. Les collaborateurs de l’entreprise générale sont attentifs à prendre en compte les avis du bureau d’architectes, là où certains les considèrent comme une parole à écarter. Notre collaboration est pour l’heure, une expérience qui est très positive.

Que retenez-vous de votre collaboration avec Hestia sur le projet Vitraparc ?

De manière générale, la triangulation avec l’entreprise générale et le maître de l’ouvrage est indispensable pour la vitalité d’un projet. Dans le cadre de ce mandat, nous sommes, entre autres, conseils du maître de l’ouvrage en termes de qualité architecturale. Nous nous rencontrons tous ensemble de façon régulière, pour valider la planification établie dans le cadre de l’appel d’offres.  Il y a des problématiques qui apparaissent, nous en discutons de façon constructive pour aller de l’avant, en essayant de ne pas perdre ni en qualité constructive ni en qualité architecturale. La collaboration est très bonne.

Quelles sont les spécificités qui caractérisent ce projet Vitraparc, situé dans le quartier des Sciers ?

J’ai eu les premières discussions avec d’anciens propriétaires de la parcelle il y a plus de quinze ans ! Ce projet se trouve sur un site très vaste, avec cinq maîtres de l’ouvrage différents. En tant qu’architecte, nous avons toujours l‘espoir que le projet ne parte pas en entreprise générale, pour réduire le risque de perte architecturale. Hestia a été choisie et assez rapidement, nous nous sommes rendu compte que nous étions plutôt bien tombés. Nous avons affaire à des personnes qui ne viennent pas avec l’intention de jeter cinq ans de travail, simplement pour gagner quelques francs. Le projet est désormais en cours de réalisation, la livraison est prévue pour 2021.